Au cœur de ma pratique se tient le glissement, cet instant de vulnérabilité où l'être se redéfinit, où la précarité devient une condition plutôt qu'un défaut. J'aborde le corps comme une limite ténue, où le dedans et le dehors se touchent sans se mélanger. Ce qui m'occupe, c'est cette fine épaisseur, celle de la peau, du voile, du verre, du souffle. Jusqu'ici, le corps qui traverse mes images et mes installations a été le mien, et la vulnérabilité y devient la matière même du travail. Ce corps n'apparaît qu'au moment où il disparaît, dissous dans la lumière, lavé sous l'eau de Javel, déposé en plâtre, deviné derrière un tissu. Ce que j'expose n'est pas le corps mais le seuil de sa visibilité.
Mon travail adopte une esthétique dépouillée, presque clinique. Ce lissage formel est une retenue apprise face aux normes qui assignent les corps. Sous l'apparence du propre affleure ce que j'appelle un cri épuré, une manière d'exister qui se dérobe à la forme arrêtée comme à la transparence exigée. Je travaille des matières qui réagissent et se transforment avec le temps : plâtre, filasse, hanji, latex, voile, film transparent, encre, eau, lumière. Je leur impose le moins de forme possible et prépare plutôt les conditions où elles s'affaissent et se répondent. Mes sculptures refusent la verticalité solitaire et cherchent un équilibre provisoire en s'appuyant sur l'autre, sur le mur, sur le sol. Cette dynamique de l'appui m'inscrit dans le sillage de l'anti-forme post-minimaliste d'Eva Hesse et de Robert Morris. Là où, chez Richard Serra, l'appui tient de la menace, il devient ici dépendance.
J'en tire une conviction : l'invisibilité, subie comme une privation, peut devenir un droit. Le corps qui se soustrait au regard qui classe reste présent et garde son opacité. Dans mes pièces, le verre et le voile ne dissimulent rien, ils refusent la transparence comme évidence. Je cherche aujourd'hui à porter cette vulnérabilité au-delà de mon seul corps, vers des dispositifs protocolaires activables par d'autres. Ce déplacement a déjà commencé avec Voilement, où le souffle d'autres que moi se confond avec l'air de la pompe. Il s'agit de prêter pour un temps son corps à une condition qui n'est pas la sienne, sans jamais pouvoir s'y substituer ; c'est dans cet écart que le travail opère. Le protocole devient alors un appareil de transfert, une zone de contact entre des vulnérabilités situées.
내 작업의 중심에는 미끄러짐(glissement)이 있다. 존재가 스스로를 다시 정의하는 취약함의 순간, 불안정이 결함이 아니라 하나의 조건이 되는 순간이다. 나는 몸을 가느다란 경계로 다룬다. 안과 밖이 섞이지 않은 채 맞닿는 자리다. 내가 붙드는 것은 이 얇은 두께, 곧 피부와 베일, 유리, 숨결의 두께다. 지금까지 내 이미지와 설치를 가로지른 몸은 나 자신의 몸이었고, 그 안에서 취약함은 작업의 재료 그 자체가 되었다. 이 몸은 사라지는 순간에만 나타난다. 빛 속에 녹아들고, 표백제에 씻겨 나가고, 석고에 흔적으로 내려앉고, 천 너머로 어렴풋이 짐작된다. 내가 전시하는 것은 몸이 아니라 몸이 보이게 되는 문턱이다.
내 작업은 덜어낸, 거의 임상적인 미학을 취한다. 이 형식적 매끄러움은 몸에 자리를 지정하는 규범 앞에서 학습된 절제다. 깨끗함의 외양 아래로 내가 '정제된 외침'이라 부르는 것이 배어 나온다. 고정된 형태에서도, 요구되는 투명성에서도 빠져나가는 하나의 존재 방식이다. 나는 시간에 따라 반응하고 변하는 재료로 작업한다. 석고, 마 섬유(filasse), 한지, 라텍스, 보일, 투명 필름, 먹, 물, 빛. 나는 이들에게 최소한의 형태만 부과하고, 대신 그것들이 주저앉고 서로 응답하는 조건을 마련한다. 내 조각은 고독한 수직성을 거부하고, 타자에, 벽에, 바닥에 기대며 잠정적인 균형을 찾는다. 이 기댐의 역학은 나를 에바 헤세와 로버트 모리스의 포스트미니멀리즘 반형태(anti-form)의 계보 위에 놓는다. 리처드 세라에게서 기댐이 위협의 성격을 띤다면, 여기서 그것은 의존이 된다.
여기서 나는 하나의 확신을 얻는다. 박탈로 겪어온 비가시성이 권리가 될 수 있다는 것이다. 분류하는 시선으로부터 물러난 몸은 여전히 현존하며, 자신의 불투명성을 간직한다. 내 작품에서 유리와 베일은 아무것도 감추지 않는다. 그것들은 자명한 것으로서의 투명성을 거부한다. 나는 이제 이 취약함을 내 몸 너머로, 타인이 작동시킬 수 있는 프로토콜적 장치로 옮겨가고자 한다. 이 이동은 《Voilement》에서 이미 시작되었다. 그곳에서 나 아닌 다른 이들의 숨이 펌프의 공기와 뒤섞인다. 그것은 자신의 것이 아닌 조건에 잠시 자신의 몸을 빌려주되, 결코 그 자리를 대신할 수는 없는 일이다. 작업은 바로 그 간극에서 작동한다. 이때 프로토콜은 전이의 장치, 위치 지어진 취약성들이 맞닿는 접촉 지대가 된다.
At the core of my practice lies slippage (glissement), that moment of vulnerability in which a being redefines itself, where precarity becomes a condition rather than a flaw. I approach the body as a tenuous limit, where inside and outside touch without mixing. What concerns me is this fine thickness: that of skin, veil, glass, breath. Until now, the body that passes through my images and installations has been my own, and vulnerability has become the very material of the work. This body appears only at the moment it disappears, dissolved in light, washed in bleach, deposited in plaster, glimpsed behind fabric. What I exhibit is not the body but the threshold of its visibility.
My work adopts a stripped-back, almost clinical aesthetic. This formal smoothing is a restraint learned in the face of norms that assign bodies their place. Beneath the appearance of cleanliness surfaces what I call a distilled cry, a way of existing that eludes both arrested form and demanded transparency. I work with materials that react and transform over time: plaster, tow fibre, hanji, latex, voile, transparent film, ink, water, light. I impose as little form on them as possible, preparing instead the conditions in which they slump and respond to one another. My sculptures refuse solitary verticality and seek a provisional balance by leaning on the other, on the wall, on the floor. This dynamic of support places me in the wake of the post-minimalist anti-form of Eva Hesse and Robert Morris. Where, in Richard Serra's work, leaning carries a threat, here it becomes dependence.
From this I draw a conviction: invisibility, endured as deprivation, can become a right. The body that withdraws from the classifying gaze remains present and keeps its opacity. In my pieces, glass and veil conceal nothing; they refuse transparency as a given. I now seek to carry this vulnerability beyond my own body, toward protocol-based devices that others can activate. This shift has already begun with Voilement, where the breath of others mingles with the air of the pump. It is a matter of lending one's body, for a time, to a condition that is not one's own, without ever being able to take its place; it is within this gap that the work operates. The protocol then becomes an apparatus of transfer, a contact zone between situated vulnerabilities.